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Pour la dernière fois, notre tenue ne vous concerne pas
2021-06-16

Pour la dernière fois, notre tenue ne vous concerne pas

Avec l’arrivée des beaux jours, on a l’occasion de sortir nos plus belles tenues estivales et d’arpenter à nouveau les rues à la faveur du déconfinement. Profiter de l’espace public, flâner au milieu des terrasses ou sentir le vent frais en rentrant chez soi le soir. Sauf que, pour les femmes, ces minces retrouvailles avec la liberté sont très souvent entachées par un phénomène omniprésent : le harcèlement.

Ça paraît étrange d’écrire des lignes comme celles-ci. En juin 2021, plus de trois ans après #Metoo, où les femmes se sont emparées des réseaux sociaux pour dénoncer les violences constantes et systémiques dans la rue, chez elles, au travail, partout. On penserait que le message a été reçu, que les pouvoirs publics ont lancé des programmes d’éducation à travers le pays, que les hommes ont repensé leurs attitudes et prennent le temps de corriger les actions problématiques qu’ils constatent chez eux et chez leurs proches. Qu’évoluer à l’extérieur serait pour nous l’occasion de découvrir de nouveaux espaces, ou se déplacer de manière productive. Là, après un mois à re-fréquenter activement les rues, on peut dire que c’est un raté.

Si le harcèlement de rue n’est que l’une des multiples formes de violences qui oppresse les femmes, cet article ce concentre dessus car ce phénomène est fortement commenté ces derniers temps. La militante féministe Anna Toumazoff, fondatrice de l’iconique @memespourcoolkidsfeministes, a par exemple publié un reel sur Instagram pour pousser un coup de gueule sur cette problématique, atteignant plus de 200 000 vues. Sifflements, regards insistants, insultes, menaces, agressions physiques, l’immense majorité des femmes les expérience dans l’espace public (100% des femmes ont été harcelées dans les transports). Cette expérience constante et épuisante est régulièrement minimisée : on nous conseille de ne pas y faire attention, d’accélérer sans faire de vagues, de ne pas réagir de manière agressive, ou carrément de ne pas sortir seules la nuit, ce qui a surtout pour effet de nous chasser de l’espace public auquel nous avons fondamentalement droit plutôt que de calmer les violences patriarcales. Et souvent, très souvent, on peut entendre cette charmante recommandation : « Il faut faire attention à ta tenue ! »

Nous vivons donc dans un monde où, pour éviter des violences, nous nous concentrons littéralement sur des  fringues  plutôt que sur un système d’oppression massif abondamment documenté et commenté par des expert.e.s et chercheurs.euses du monde entier, j’ai nommé le patriarcat. En plus d’être un conseil d’une inutilité comique (les femmes se font agresser en toutes situations et dans toutes les tenues), cela a pour effet de nous inciter à nous auto-censurer, à encore une fois nous réduire à notre apparence et à reporter la responsabilité sur nous plutôt que sur nos agresseurs. Et d’ailleurs, quand bien même certains hommes seraient plus tentés d’harceler une femme qui porte une tenue jugée comme sexy, en quoi cette femme en est-elle responsable ? Pourquoi devrait-elle renoncer à ses libertés fondamentales et à son droit à l’intégrité physique garanti par l’état à cause d’un vêtement ? C’est aux agresseurs de se contrôler, c’est tout. Cette phrase est tellement évidente qu’elle semble être parodique, mais force est de constater que le message n’est pas passé pour tout le monde. 

D’ailleurs, peu importe que ça soit pour harceler sexuellement ou avec une autre intention péjorative, il n’y a pas à commenter la tenue de quelqu’un. Surtout que, soyons franc, se sont souvent les femmes qui sont visées. Trop révélatrice, trop couvrante, trop salope, trop soumise, nos tenues sont constamment utilisées pour nous juger, nous remettre à notre place et nous faire correspondre à un fantasme de la « bonne féminité ». Vous n’aimez pas les mini-jupes ? N’en mettez pas. Vous n’appréciez pas que votre voisine de bus soit voilée ? Taisez-vous et laissez-la faire son trajet tranquillement. Tout comme vous ne vous permettriez pas (à moins d’être franchement malpoli.e) de dire à quelqu’un que sa tenue vous semble moche, vous n’avez pas à les interpeler quand elle ne correspond pas à un stéréotype de genre qui est le votre. Laissez chacun.e faire ce qu’il/elle souhaite faire de son apparence, et surtout, ne l’utilisez pas pour justifier la violence.

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